
Joseba Agirreazkuenaga Zigorraga
Professeur émérite en histoire contemporain (Université du Pays Basque). Membre du Groupe de recherche Biography & Parliament, (www.ehu.eus/eu/web/biography-parliament/–/joseba-agirreazkuenaga). Prix Euskadi de recherche en 2019. Président de l’International Commission for the History of Representative and Parliamentary Institutions (ICHRPI, 2015-2023). Auteur de 27 livres, dont The Making of the Basque Question (2011) et Euskal Herritarren burujabetzaz (2012), ainsi que de 99 chapitres dans des livres collectifs, et 86 articles dans des revues scientifiques à comité de lecture.
Préface
Les auteurs de cette magnifique encyclopédie visuelle, solide dans son contenu et méticuleuse dans la sélection de ses représentations cartographiques, réalisées plus par des étrangers que par des locaux au cours du dernier millénaire sur l’ensemble ou des parties du Pays Basque – Vasconie, ont cru que celui qui écrit ces lignes, pouvait bien être la personne adéquate pour en assurer la présentation. C’est une preuve de confiance dont je les remercie. Cependant, je n’en suis pas tout aussi convaincu. La cartographie historique est un sujet qui exige une spécialisation patiente et qui s’acquiert au moyen d’une longue expérience alliées à une persévérance tenace dans l’analyse critique. Elle exige, en outre, la passion d’un collectionneur chevronné et une curiosité infinie, vertus qui convergent dans la trajectoire que je connais des deux auteurs.
Il ne s’agit pas d’une œuvre commune, mais du résultat d’une expérience menée par deux chercheurs qui ont transformé, de manière indépendante, la passion pour la représentation cartographique des Basques en une connaissance critique de la production des cartes. Leurs introductions respectives exposent les objectifs et les préoccupations poursuivis par l’ouvrage. Dans cette présentation, a mon tour, j’essaierai de l’encadrer dans la vision historiographique correspondante.
En 1892, Anton Abbadia, plus connu en français comme Antoine d’Abbadie, organise les Euskaldun Bestak, les fêtes basques, à Donibane Lohizune, soit Saint-Jean-de-Luz, qui se déroulent pendant 40 ans sous la bannière du Zazpiak Bat, les 7 territoires du Pays Basque, Euskal Herria en langue basque. Dans son dernier discours, il reconnut que sa voix faiblissait, et fit de nouveau appel à la valeur représentée par l’unité des Zazpiak Bat (« les 7 ne font qu’une »). Tous les participants se levèrent alors et entonnèrent l’hymne national basque, le Gernikako arbola.
De son côté, la Société d’ethnographie nationale et d’art populaire organise un congrès d’études basques, le « Congrès de la Tradition Basque », du 15 au 22 août 1897 à Saint-Jean-de-Luz, auquel avaient été conviés des chercheurs des deux rives de la Bidassoa, des bertsolaris (improvisateurs en vers chantés) et des danseurs de Soule, de Beasain et de Bilbo. Selon la chronique du Congrès, on a chanté « pour les gloires de la chère Eskual-Herria, des sept provinces sœurs ». Le président de la « députation » de Gipuzkoa, Manuel Lizarriturry, un libéral conservateur, célébra le fait que l’on ait conservé « le caractère des habitants de Euskal-Erria », et il conclut que « je bois enfin à la langue, aux traditions, en un mot à la race de ceux qui, avec juste fierté, se disent les fils des Zazpiak bat, et servent de trait d’union entre les deux nations sœurs faites pour toujours s’aimer et s’entendre, La France et l’Espagne ».
L’un des intervenants, Adrien Planté, président de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, prit la parole et publia une contribution intitulée « Les Basques ont-ils une histoire? Que les Français ou les Espagnols, en tant que citoyens de leurs États-nations respectifs, en aient une ne fait aucun doute. L’un des organisateurs de l’événement, le maire de Saint-Jean-de-Luz, le Dr. Albert Goyhenetche, répondit que « les Basques sont comme les honnêtes femmes : ils n’ont pas d’histoire ». L’interprétation machiste de l’illustre médecin de la ville côtière basque a permis à l’orateur de s’interroger sur la force de la nationalité basque : « Qu’est-ce qui a fait la force de la nationalité basque ? », car, s’ils n’avaient pas d’histoire au sens où on l’entendait à l’apogée de la pensée coloniale européenne, les institutions sociales de leurs constitutions, appelées Fueros ou Fors, en avaient fait un peuple législateur qui respectait les droits de la femme dans son système juridique coutumier.
Au XVIIIe siècle, il était courant de distinguer les nations cultivées des nations barbares, c’est-à-dire celles qui ne disposaient pas de grammaire et de dictionnaire. Il était donc impératif pour la langue basque et les bascophones de produire une grammaire et un dictionnaire, projet qui aboutit à la production et à la publication par Manuel Larramendi (1690-1766) d’une grammaire de la langue basque intitulée El Imposible vencido. Arte de la Lengua Bascongada (1729), ainsi qu’un Diccionario trilingüe del castellano, vascuence y latín (1745). Mais cela ne suffit pas car, comme l’expliquait Friedrich Engels au milieu du XIXe siècle, les peuples qui n’avaient pas accédé à l’indépendance, par exemple les Basques, n’auraient pas atteint la vitalité nécessaire, et avaient donc été rayés de la carte. Ils appartenaient au passé, à des peuples sans histoire, et il en allait de même pour les peuples colonisés par les Européens sur le continent américain, africain ou australien. L’attribution d’une prétendue absence d’histoire n’est que le prélude et le cadre nécessaire à la justification du négationnisme civil et politique, ainsi qu’à la pratique du colonialisme.
En 1801 Wilhelm von Humboldt constate que « ce peuple misérable a ainsi perdu jusqu’à l’unité de son nom » ; il conclut que « lorsqu’il s’agit de tout ce peuple dispersé dans le pays basque-français, les provinces basques et la Navarre : [ce sont] des Basques ». Quelques années plus tard, le voyageur britannique Richard Ford écrit : « The Basques call themselves Euscaldunac, their country Euscaleria (sic), and their language Euscara » (« Les Basques s’appellent eux-mêmes Euscaldunac, nomment leur pays Euscaleria (sic), et leur langue euscara »). Cependant, pour ceux qui écrivaient en basque, la référence aux euskaldunak du passé et le nom Euskal Herria pour le territoire allant de Soule à Biscaye étaient banals et évidents, comme le soulignait le médecin et essayiste Joanes Etxeberri (1688-1749) dans ses œuvres.
Ces sujets et acteurs, les bascophones, ne sont pas intemporels ou « naturels » et vivent dans un espace qui a été représenté graphiquement sur des cartes successives et s’expriment et se constituent en tant que tels à travers des récits et des histoires, manifestant une conscience plus ou moins grande d’eux-mêmes, de leur ipséité. L’analyse et la représentation de leur volonté et de leurs expériences correspondent aux historiens et aux cartographes qui les imaginent dans l’espace. Mais pas seulement à eux, car les poètes, les romanciers ou les producteurs de documentaires peuvent aussi modifier et recréer leurs visions, y compris par des manipulations anachroniques. C’est pourquoi la réflexion critique et la production de travaux bien documentés, fondés sur la rigueur scientifique, sont nécessaires, sachant que tout travail scientifique est susceptible d’être révisé. Les États, les nations, les peuples sont des constructions discursives, nécessaires à notre vie commune, qui naissent, se développent et se transforment au cours du temps. Avec l’histoire, nous apprenons à penser historiquement, en analysant les cycles courts et les durées longues, et avec la cartographie, nous essayons d’établir une délimitation créative qui aide à spécifier et à établir notre mémoire.
L’objectif de cette encyclopédie visuelle est de montrer la vision qui a été faite des Basques et de leur territoire sur les documents cartographiques et les cartes. Il s’agit d’un exercice de réflexion et de compilation systématique et sélective sur la représentation de leur espace au cours du dernier millénaire.
Lorsque le géographe gréco-latin Strabon (64 av. J.-C. – 21 ap. J.-C.) décrit les peuples du nord de la péninsule Ibérique au premier siècle de notre ère, il les classe en gens ou « groupes », mais à la fin de l’Empire romain, c’est le territoire qui désigne ses habitants, Vasconie pour les Vascons ou Vardulia pour les Vardules dans l’actuel territoire de Gipuzkoa.
L’émergence et la différenciation des histoires particulières par rapport à l’histoire universelle ont eu lieu à la fin du Moyen Âge. Le territoire, la parcelle de terre et non le gens ou groupe, est le point de référence pour diviser les discours de l’histoire universelle. Dans la mappemonde du monastère de Saint-Sever exposée dans cet ouvrage, le monde est entouré d’océans et sert à expliquer l’Apocalypse au XIe siècle, une carte où le temps et l’espace se conjuguent, mais le monastère est aussi représenté dans le territoire appelé Wasconia limitrophe de la Gallicia, parce que les montagnes pyrénéennes s’étendent de la Galice à Gérone, une vision qui a perduré au moins jusqu’en 1930 dans la géographie française. Au XIe siècle, la Vasconie s’étendait de part et d’autre des Pyrénées, comme le rappelle le géographe anonyme de Ravenne, dès le VIIe siècle. Au XIe siècle, la Vasconie s’étendait sur les deux versants des Pyrénées, car dès le VIIe siècle, le géographe anonyme de Ravenne avait établi une forte densité d’établissements basques en Guasconia ou Vasconum patria et en Spanoguasconia.
La cartographie imprimée et les informations conservées sur les Basques se développent aux XVIe et XVIIe siècles, notamment en raison de l’expansion de la civilisation maritime des Basques. Les habitants des côtes qui bordent l’espace maritime désigné sur les cartes successives sous le nom de « mer cantabrique », mer de Biscaia, « mer des Basques », ou golfe de Gascogne, participent directement à un nouveau phénomène tel que celui de la mondialisation ou de la globalisation, mené par les Européens de la côte atlantique. Le fait que le marchand et navigateur Juan Sebastián Elkano, originaire de Getaria (Gipuzkoa), ait été le capitaine du premier tour du monde avec Johan Acurio de Bermeo et d’autres navigateurs intrépides de diverses nations européennes, n’est pas le fruit du hasard. Le golfe de Gascogne était devenu un grand chantier naval pour la construction de toutes sortes de navires, et ses marchands avaient la capacité financière d’entreprendre des projets ambitieux au service de leurs monarchies respectives. La création du Consulat de Bilbo en 1511, avec juridiction sur la Biscaye, le Gipuzkoa et l’Alava, en est l’exemple institutionnel. De même, Bayonne et Saint-Jean-de-Luz retrouvent un nouvel élan économique, tandis que des cartes sont publiées en français, en espagnol et en basque du XVIe au XVIIIe siècle et qu’une école basque est créée pour cartographier les zones de pêche de Terre-Neuve, sur la base de l’expérience accumulée sur les côtes atlantiques européennes. Les cartes et les itinéraires nautiques étaient des documents très appréciés des pêcheurs, des marchands et des navigateurs. Cependant, les Flamands et les Hollandais créèrent une industrie de diffusion et de commercialisation des cartes. Ce sont les cartes relatives au Pays Basque qui sont exposées et commentées dans cet ouvrage.
Esteban Garibai (1533-1599), historien remarquable de la Renaissance, explique le passage de la société basque des handikis ou jauntxos (« seigneurs de la guerre ») qui jouaient le rôle principal dans les guerres de factions, à son intégration dans la nouvelle monarchie composite espagnole, dont l’expansion semblait ne pas avoir de limites. C’était une époque d’une multiplicité de pouvoirs concurrents dont chaque pouvoir choisissait les sujets de ses récits historiques. Dans les Juntes générales (parlements territoriaux), de nouvelles histoires et de nouveaux récits sont élaborés dans le contexte des monarchies composites française et espagnole, afin de préserver le pouvoir public dans leur sphère. Le Gipuzkoa est cartographié en 1578 avec des informations précises et la toponymie, probablement à l’initiative d’Esteban Garibai qui se trouve à Anvers entre 1571 et 1572 pour préparer l’édition de son ouvrage Los Quarenta Libros del Compendio Historial (« Les quarante livres du compendium historique »). Le Régiment de Biscaye, ou organe gouvernemental de ce territoire basque, élu lors des Juntes générales, commande également une carte de Biscaye en 1591, afin que ce territoire apparaisse sur la mappemonde dont l’édition était en cours en Flandre, mais elle ne fut jamais réalisée. En revanche, c’est le royaume de Navarre qui est le territoire le plus abondamment cartographié à partir du XVIe siècle. Or, la cartographie d’un royaume de Navarre conquis par la Castille entre 1512 et 1524, outre que c’était un acte de reconnaissance de sa position de royaume, pouvait également répondre à des objectifs militaires, puisque les cartes, à l’instar des cartes de navigation, constituaient l’itinéraire et le guide des armées en présence. À partir du XVIe siècle, la formation des nouvelles monarchies fiscales et militaires en Europe a favorisé la connaissance approfondie de leurs territoires par le biais de la cartographie.
La publication sous forme de texte imprimé des coutumes et des pratiques politiques, comme les Fors respectifs, représentait la reconnaissance et la légalité du corpus politique et juridique, car leur impression nécessitait l’autorisation royale correspondante. De même, la production et le financement d’une carte contribuaient à la reconnaissance publique du territoire en question. C’est pourquoi, au XIXe siècle, les autorités basques entreprennent la publication de cartes territoriales successives du Pays Basque.
Dans la même façon, au XXIe siècle, la production et la diffusion d’un ouvrage de cartographie historique comme celui-ci est aussi un acte de relecture, de prestige et de reconnaissance du Pays Basque – Vasconie.
Au XVIIe siècle, période de scepticisme et de relativisme philosophique, on pose les fondements de la critique documentaire pour le développement des sciences historiques. Dans ce contexte, Arnauld Oihenart (1592-1668?), avocat du « Silviet » ou Assemblée des gens du peuple de Soule, Zuberoa en basque, ainsi qu’avocat du Parlement de Navarre, publie sa Notitia Utriusque Vasconiae, tum Ibericae tum Aquitanicae (« Nouvelles des deux Vasconies, l’aquitaine et l’ibérique »). Dans ce livre, le sujet historiographique est le « vasconicus (…) [ceux] qui en latin sont appelés Cantabriens, que les Français appellent Basques ou Biscaïens et que les Espagnols appellent Vascongados ». Il critique le mythe du basco-cantabrique qui sous-tend le discours historique foral des Juntes générales. Son contemporain, le chroniqueur du royaume de Navarre Jose Moret, édite une histoire de la Navarre adaptée au cadre de la monarchie composite espagnole. Au Pays Basque continental, au cours du XVIIIe siècle, on continue à cultiver une vue d’ensemble, et le Souletin Jean Philippe Bela rédige une histoire des Basques des « sept » territoires. En 1765, au sein de la Société Basque des Amis du Pays (société savante née en Gipuzkoa inspirée des lumirères), on formule la nécessité d’une « histoire nationale » basque.
Au cours de la révolution libérale du XIXe siècle, les académies et les universités des États-nations espagnol et français inventèrent un passé adapté à la conception des nouveaux citoyens nationaux, c’est-à-dire qu’elles procédèrent à la nationalisation espagnole et française du passé historique dans lequel l’histoire des Basques est mise de côté ou disparaît, pour être réduite à des termes culturels et folkloriques. Mais des historiens comme Arturo Campion et Carmelo Etxegarai encouragent le passage des légendes et des mythes à une histoire basque renouvelée, basée sur la méthodologie critique des sciences historiques, qui se développe à partir de la fondation d’Éusko Ikaskuntza, la Société d’Études Basques, en 1918, munie de la vision novatrice de son secrétaire général, l’académicien et professeur Ángel Apraiz. Ils encouragent la création d’une carte du Pays Basque, et Bonifacio Etxegarai rédige l’entrée « Vasconia » dans l’Enciclopedia Espasa en 1929, exposant une vision politico-institutionnelle de synthèse. Deux ans plus tard, il a une influence décisive sur les travaux préparatoires de l’« Avant-projet de statut de “l’État basque” » élaboré en 1931 et, en 1936, sur l’organisation du VIIe Congrès d’Études Basques, consacré au domaine de l’Histoire.
Dans ce contexte, la contribution la plus novatrice des sciences historiques fut la superbe recherche publiée par Théodore Lefebvre (Les modes de vie dans les Pyrénées atlantiques orientales, Paris, A. Colin, 1933), pour expliquer la formation et le développement de la civilisation matérielle basque au cours des 500 dernières années. Cet ouvrage contient également le premier atlas de l’histoire économique et sociale du Pays Basque. Quelques années plus tard, Julio Caro Baroja publie Los Vascos. Etnología, en 1949, une analyse novatrice de l’histoire des Basques qui complète, par une vision synthétique, tant les travaux de Bonifacio Etxegarai que l’histoire de la civilisation matérielle réalisée par Lefebvre.
De son côté, dans l’exil nord-américain, lorsque le lehendakari (président basque) José Antonio Aguirre promeut et défend la légitimité démocratique du Gouvernement Basque, il doit également l’expliquer à ses étudiants de l’Université de Columbia. Il a donc besoin d’une histoire basque renouvelée pour une nouvelle institution, une histoire chargée d’avenir. En 1947, il présente une communication au VIIe Congrès d’Études Basques de Biarritz et, avec Ildefonso Gurrutxaga, il encourage l’élaboration d’une nouvelle histoire qui ne soit pas conditionnée par la dictature franquiste. Tant à Buenos Aires qu’à Reno, à l’Université du Nevada, de nouvelles réflexions sont apparues sur le passé des Basques, considérés dans leur ensemble.
En 1980, nous publiâmes une Histoire de Euskal Herria en deux volumes, illustrée de 192 cartes, y comprenant également une cartographie historique. À l’époque, l’éveil de l’Histoire inondait la réalité sociale basque, et c’est à ce moment-là que les travaux de cartographie historique commencèrent à faire l’objet de recherches.
En 1984, à l’Université à Distance (UNED) de Bergara, Félix Ugarte et Juan Madariaga entreprennent un projet de recherche sur la cartographie historique et, en 1989, Félix Ugarte publie un ouvrage fondamental, fondateur et de référence sur la recherche en cartographie historique du Pays Basque, intitulé Kartografia. Euskal Herriari buruzko kartografia historikoa (1900 aurrekoa). Ce travail a donné lieu au premier index systématique de la cartographie historique du Pays Basque, pour lequel il effectue une consultation exhaustive des archives publiques du Pays Basque, d’Espagne et de France, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, d’Italie, ainsi que de la collection privée de Jaime Rodríguez Solís. Selon ses estimations, 50 % de la production cartographique correspond à des cartes du XIXe siècle, 33 % au XVIIIe siècle, 8 % au XVIIe siècle et 3 % au XVIe siècle.
D’autre part, la bibliothèque Azkue d’Euskaltzaindia, l’Académie de la langue basque, promeut des expositions de cartographie historique lors de conférences successives sur la toponymie : la première a lieu en 1986 à Vitoria-Gasteiz et comprend 161 cartes. En 1987, on en organise une autre à Urduña avec 161 cartes, collection également exposée à Gernika, Leitza, Zarautz, et Pampelune. En 1990, à l’occasion du neuvième centenaire de la fondation de Lizarra-Estella, l’institution culturelle organise la troisième conférence de toponymie dans la même ville, ainsi qu’une exposition cartographique de 50 cartes. José Antonio Arana, directeur de la bibliothèque Azkue, a réalisé et publié les catalogues correspondants à ces expositions successives.
À l’occasion de la réalisation du Gran Atlas Histórico del mundo vasco, le chapitre 18 inclut une « Cartographie historique », qui résume la recherche de Félix Ugarte, illustrée par une collection de 22 cartes historiques appartenant à la collection de Jaime Rodríguez Solís.
En 1994, l’un des coauteurs de cet ouvrage, Ramón Oleaga, apporté sa première contribution à la cartographie historique du Pays Basque, en sélectionnant des cartes et en rédigeant des textes pour une exposition organisée par le Musée basque de Bilbo, dont le catalogue s’intitulait Mapa Bilduma. Colección cartográfica. Par la suite, il a été commissaire des expositions sur Bilbo et d’autres localités et, en 2004, il apporte une contribution décisive à la compréhension des étapes qui marquent l’évolution de la cartographie historique du Pays Basque dans un volume grand format de 130 pages, intitulé Representación histórica de los territorios y lugares de Euskal Herria. Par la suite, il étudie et publie les 66 cartes de la cartographie historique conservées et exposées au Musée du Pays Basque à Gernika, ainsi qu’une étude monographique de la cartographie historique de la Biscaye jusqu’à aujourd’hui.
José Mari Esparza a, quant à lui, publié de nombreux ouvrages de nature diverse. Il s’intéresse à sa ville natale, Tafalla, et à cet égard, il convient de souligner la coordination d’un livre fondamental pour les études sur la mémoire démocratique, comme l’édition en deux volumes, en 1986, de Navarra 1936. De la Esperanza al Terror, une œuvre de cartographie orale des localités de Navarre sur la répression franquiste, qui a contribué à modifier la représentation du passé dans la Navarre contemporaine. Aujourd’hui, en relation avec l’œuvre Imago Vasconiae, il publie en 2011 un livre intitulé Mapas para una nación, une compilation de 120 cartes avec leurs commentaires respectifs sur la représentation des territoires du Pays Basque et, en 2012, Euskal Herria kartografian eta testigantza historikoetan. Le livre est un succès d’édition, comme le confirment les éditions successives de l’ouvrage, et enfin, il convient de souligner son livre Vasconavarros. Guía de su identidad, lengua y territorialidad, publié en 2012 comme antécédent direct de l’ouvrage que nous présentons.
Grâce à leur expérience accumulée et à leurs recherches incessantes, les deux auteurs ont coordonné leurs connaissances et leurs efforts pour publier et diffuser les cartes qui délimitent l’image et l’évolution de la représentation graphique des territoires du Pays Basque.
Cet ouvrage s’inscrit dans la lignée d’autres publications de cartographie historique de grand format qui contribuent à valoriser et à donner du prestige au patrimoine culturel collectif d’un peuple, d’une communauté politique, d’une nation et, à titre d’exemple, il suffit de citer quatre ouvrages remarquables qui constituent une référence inexcusable : El mapa de España. Siglos XV-XVIII, Cartografía de Galicia (séculos XVI ó XIX), Imago Cataloniae. Mapas de Cataluña, huellas de la historia, et Andalucía. La imagen cartográfica hasta fines del siglo XIX .
Toutefois, l’objectif principal de ce travail est qu’il puisse également constituer une contribution au projet international entrepris par Rodney W. Shirley avec l’ouvrage The Mapping of the Word. Early Printed World Maps. 1472-1700, ainsi que History of Cartography, et qu’à l’avenir, un groupe consolidé soit fondé pour poursuivre la recherche sur la cartographie historique.
Toute connaissance scientifique est une interprétation, y compris celle de ce livre. Les différentes représentations du Pays Basque nous aident à nous comprendre nous-mêmes, et nous invitent à débattre sur les Basques qui ont effectivement une histoire, en tant que sujets-acteurs dotés d’une conscience et d’une sagesse historiques.

